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Rencontre avec Aurélie Loiseleur
Maître de Conférences en littérature à l'Université de Nantes, A. Loiseleur est spécialiste de la littérature du XIX°siècle et du Romantisme en particulier.
Après s'être fait connaître dans diverses revuesl'auteure a publié un premier ouvrage : Hommage à Poe en 2004. Depuis sa bibliographie s'est enrichie de nombreux titres : Au jardin des arbres en collaboration avec Jacques Jouet, Morphée, Raviver l'incarnat 2006, puis en 2007 : Le sommet de Vielle vie, ainsi que Petites suites parmi les plus taciturnes, Entrées en matière en 2010. Elle participe également à la vie de diverses revues littéraires ou artistiques aussi bien sur Internet (Sitaudis) qu'en revue « papier » (Thauma ou Art-Press).
La poésie d'Aurélie Loiseleur se nourrit d'une culture riche et variée. Ses sources, de façon allusive ou explicite, sont puisées dans la mythologie, la Bible, la littérature en ses formes diverses (conte, poésie « classique », proses poétiques, vers libres ou versets). Il en est de même des auteurs qui apparassent à des degrés divers : Mallarmé, Rimbaud voire Claudel, ou du Bouchet. L'utilisation de l'espace de la page n'est pas sans liens avec ces auteurs. Mais qu'on ne s'y trompe pas : ses références, sans préciosité, visent à questionner le langage et la culture qui nous forment. Déplaçant l'usage habituel des sens mots ou de leur forme, avec un remarquable sens du rythme dans la phrase Aurélie Loiseleur nous invite à s'approcher
« de quelques livres une tablée on sent qu'on ne voudrait pas perdre une miette qu'on se jetterait plutôt à quatre pattes pour laper les minutes entre les mots »
C'est une voix originale qui se manifeste là ; venez l'écouter : c'est neuf ...et gratuit !
Laurence Werner David est née en 1970 à Angers. Elle est l’auteur de recueils de poésie dont Éperdu par les figures du vent (Prix de la Vocation 1999) et de trois romans.
Depuis Un autre dieu pour Violette jusqu’au Roman de Thomas Lilienstein, Laurence Werner David arpente le labyrinthe des sentiments, fouille inlassablement la psychologie de ses personnages, explore ce qui permet ou empêche de tisser des liens familiaux, conjugaux, amicaux…
Essayant de recomposer le passé commun et de cerner les liens qui les unissent (dans ce que chacun passe ou transmet à l’autre), elle multiplie les points de vue sur chacun, créant ainsi un puzzle géant qui s’organise au fur et à mesure de l’écriture… parfois autour de pièces qui manquent ou dont la lecture est comme brouillée.
Le lecteur est donc convié à suivre la mise en place des différents éléments de la création romanesque. La lecture agit en révélateur comme lors d’un développement photographique, et permet de faire passer les lieux et les personnages d’un flou originel à une image nette après une mise au point finale.
Joël Glaziou
« Je ne crois pas que l’écriture, même l’écriture de mes romans, ne se pense jamais en dehors de l’acte poétique. Dans la forme roman, il est vrai, qu’une construction scénique est en cours qui existe peu quand j’écris un texte poétique […] La tension n’est pas située au même endroit. Leur origine, aussi, est différente. Quand j’écris dans une forme ou dans une autre, il y a quelque chose qui vient à manquer, et c’est sans doute à partir de ce manque que je travaille l’une et l’autre forme. »
Laurence Werner David,
entretien dans Harfang N° 39, 2011
Bibiographie
Éperdu par les figures du vent poésie Obsidiane 1999
Un autre dieu pour Violette roman Verticales 2003
Contrefort roman Verticales 2006
Le Roman de Thomas Lilienstein roman Buchet-Chastel 2011
Cavaliers de la nuit poésie Black Herald 2011
Le Chant des Mots
Kalima
la Bibliothèque municipale
invitent
Tahar Bekri
jeudi 8 décembre 2011 à 20h30 à la bibliothèque municipale
Tahar Bekri est né en 1951 à Gabès en Tunisie. Depuis 1976 il vit à Paris. Il a écrit en français et en arabe une vingtaine d'ouvrages (poésie, essais, livres d'art). Sa poésie et ses travaux universitaires sont traduits dans plusieurs langues. Maître de conférences à l'Université de Paris X-Nanterre, il est considéré comme l'une des voix importantes du Maghreb.
Lors du Colloque de Cesenatico-Bologne 2000, Tahar Bekri conclut sa communication par :
« Toute parole vraie en littérature tente de répondre au mystère de ces questions fondamentales : la vie, l’amour, la mort. Et c’est parce que je ne trouve pas de réponses que j’écris. »
Confronté tôt à la douleur et la tristesse, il trouve dans les livres et la poésie de quoi nourrir et apaiser son monde intérieur. La poésie lui permet aussi d'être attentif et de dialoguer avec tout ce qui l'entoure. Tahar Bekri aime imaginer que son rêve de beauté et de fraternité est possible. Pour cela il se bat, infatigable, contre les empêcheurs de bonheur et d’harmonie, contre ceux qui ont pris partie pour l’obscurité et la mort.
Plutôt que la prose qu’il estime bavarde, il préfère « s'exprimer avec des métaphores, des images, des mots poétiques, qui évoquent et non expliquent, qui font allusion et non qui donnent des leçons, qui posent des questions et non qui répondent. »
Les mots du poème entretiennent la lumière, l’émerveillement. Aimer est le fondement de l’action, la beauté est le but. Il écrit « je dis beauté, je veux dire toute beauté : celle
qui nous entoure, mais aussi celle qui nous donne envie de vivre : la liberté, la dignité, la parole juste et fraternelle, l'amour, la bonté humaine, la générosité et la
grandeur de l'âme. »
Grand voyageur, son œuvre est marquée par l'exil et l'errance qui permettent de témoigner de notre monde éphémère et de ses désordres. En évoquant Ibn Hazm, auteur de l’époque musulmane médiévale dont les œuvres ont été brûlées publiquement parce qu’elles ne correspondaient pas au courant officiel de l’islam au pouvoir, il souligne que l’exil géographique n’est pas unique. L’exil intérieur, celui de l’homme qui ne parvient pas à trouver l’accord parfait avec l’amour et la beauté est tout aussi créateur. La parole intérieure qui s’appuie sur la mémoire, permet de lier tradition et modernité.
Rappelant la période préislamique et les mythes de la culture arabe ancienne, Tahar Bekri nous demande de ne pas confondre le spirituel et le religieux. Dit qu’il n’y a pas plus mortel en littérature que la position idéologique.
Tahar Bekri est un poète engagé. Sa plume est une arme contre les tyrans de tous bords. Sa voix s’élève de Tunis à Gaza, jusqu’en Irak, pour dénoncer les guerres et les exactions. Son combat contre la bêtise et la rapacité met les massacreurs devant leurs contradictions. Mais sa position n’est pas politique, le seul parti qui vaille étant pour lui celui de la justice et de la fraternité.
Pleine de sagesse et d’énergie, la poésie de Tahar Bekri coule comme un fleuve, une rivière, un ruisseau, un torrent, selon ce qu’il veut nous confier et ses poèmes ressemblent parfois à des récits en vers libres, où le lyrisme du conteur transparaît. Utilisant toute les possibilités de la phrase, il rend aux mots leur pouvoir magique en utilisant les sons, les rythmes. Il nous entraine dans ses variations, ses métaphores, ses paradoxes, ses questions, pour nous accueillir dans le domaine du partage sans frontière de la poésie.
Jacky Essirard