Sur ces dernières paroles, elle le fit entrer. Il passa le seuil de la porte, la referma doucement. Il la suivit à l’intérieur. Elle disparut dans la cuisine, fouilla dans un placard et en sortit un vase. Elle le remplit d’eau et glissa les fleurs à l’intérieur, puis le déposa sur le plan de travail.

“Cette rose est magnifique !”, dit-elle avec émerveillement.

Thibault, se tenant à distance, détaillait chacun de ses mouvements délicats. Elle se déplaçait avec grâce, chacun de ses gestes était léger. Puis se détournant finalement, il traversa le séjour et se dirigea vers la fenêtre. Celle-ci donnait sur la route encombrée qu’il avait quittée quelques instants plus tôt. La pluie ruisselait sur les carreaux. Il se rapprocha, le nez presque collé à la vitre. Son souffle chaud embuant le verre, il l’essuya d’un revers de manche pour voir au travers. Il jeta alors un œil à la rue en contrebas, toujours en pleine effervescence. Les gens se précipitaient en tous sens, tachant de s’abriter, fuyant l’agitation, se ruant sur les taxis. Son regard se porta alors sur le trottoir voisin, là où il s'était entretenu avec le vieil homme, gardien d’un véritable paradis floral en milieu urbain. Mais malgré ses efforts et ses coups d’œil répétés d'un point à l’autre de celui-ci, il ne parvenait pas à retrouver le fameux stand.

“C'est étrange, pensa-t-il, comment avait-il déjà pu fermer boutique ?”

Il eut un mouvement de recul, fronça les sourcils, intrigué. Puis il se rapprocha de nouveau, retenant son souffle pour ne pas faire de buée, concentrant toute son attention, en quête du vendeur ambulant. Mais rien. Absolument rien.

“C'est fou, il ne peut tout de même pas s’être volatilisé !”, chuchota-t-il pour lui-même.

Il se détourna alors de la fenêtre, se retournant, son regard se posa aussitôt sur le vase contenant le bouquet. Il demeura ainsi interdit quelques secondes, perdu dans sa réflexion, s’évertuant à élucider ce mystère.

Julie, le voyant ainsi muet et pensif vint soudain briser le silence :

« Quelque chose ne va pas ? Tu as l’air préoccupé… »

Thibault sortit alors de sa transe, interpellé par la question de la demoiselle, soudain soucieuse.

« Hum… non ça va ne t’en fais pas. Je me posais seulement une question. Tu sais jusqu’à quelle heure le fleuriste qui est en bas tient son stand ? »

La jeune fille fronça les sourcils, pleine d’incompréhension. Elle toisa Thibault quelques secondes, comme cherchant à s’assurer du sérieux de sa question. Elle finit par demander :

« Quel fleuriste ? »

« Celui qui est sur le trottoir en face de ton immeuble », répliqua-t-il.

Elle répondit finalement :

« Il n’y a jamais eu de fleuriste dans ma rue. Ça fait plusieurs années que je la parcours tous les jours, je m’en serais souvenu si c’était le cas ». Elle s’arrêta un instant, l’observant toujours. Puis elle se détendit et reprit : « D’ailleurs, où as-tu pris le bouquet ? Il est superbe ! »

Il demeura confus face à la déclaration que venait de lui faire Julie. Plusieurs interrogations se pressèrent dans son esprit : Que s’était-il passé ce soir ? Cette dernière heure avait-elle été le fruit d’une hallucination ? Comment avait-il pu avoir ces fleurs ? Mais surtout, qui était le vieil homme avec qui il avait conversé ?

Finalement, il décida de laisser toutes ces questions sans réponse de côté, parfois certaines choses ne s’expliquent simplement pas, certains mystères demeurent.

Thibault acquiesça alors :

« Auprès d’un illustre personnage et d’un grand poète il me semble”, dit-il repensant aux paroles du vieil homme ayant cité Dante.

Retour à l'accueil