Demandez à un enfant s'il est heureux, il vous répondra oui sans grande hésitation, et dans la plus grande simplicité. Ils sont ainsi faits, vivant les choses avec la plus grande naïveté et insouciance. Tellement innocents qu'ils ne connaissent pas encore la triste réalité que la vie va leur opposer. Ils n'ont pas encore idée des méandres obscures qui les attendent. Ils découvriront bien assez tôt que les créatures et monstres tant redoutés qui peuplent leurs cauchemars ne sont pas si imaginaires que l'on a bien voulu leur faire croire. Ces croques mitaines et autres créatures dissimulées dans le noir, guettant la moindre de vos faiblesses pour se jeter sur vous. Non ils ne les côtoient que par les livres et autres histoires à faire peur que les enfants se partagent, pour se donner quelques frayeurs. Ils ne vivent que dans l'instant présent, en savourant beaucoup plus intensément chaque seconde, chaque souffle de vie, sans même en avoir conscience. Prenant la vie comme un jeu, et pourtant en en maîtrisant si peu les règles. Le temps viendra où ils joueront eux aussi dans la cour des grands. Celle du monde et de sa multitude. Là où les individus ne font plus que se fondre et se confondre les uns avec les autres. Ne formant plus qu’une foule de pantins aux gestes mécaniques. Perdant progressivement le peu d’humanité qui leur reste.

Demandez alors à un adulte s’il est heureux, il vous mentira peut-être et vous répondra que oui, par orgueil certainement. Et voici qu’est lancée la course vers la félicité. On cherche à impressionner son prochain, pour lui renvoyer toujours plus sa médiocrité. On veut se donner de grands airs, se pavaner, criant à qui veut bien l’entendre que l’on a tout ce que l’on désire et que l’on est un être accompli. On arbore un sourire majestueux dissimulant nos vies maussades, nos doutes et nos contrariétés.

Ou bien il vous répondra, avec désagrément, qu’il ne sait pas. Peut-être n’a-t-il pas réfléchi à ce à quoi il aspire, à ce qui le fait sourire, à ce qui le touche. Autant de choses qui nous transcendent, auxquelles on ne prend plus le temps de méditer. Happés par le temps, les obligations et les responsabilités que l’on s’impose, le fil de notre existence nous échappe.

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