Grandir, c’est voir grandir ses maux.

Victor Hugo

Docteur, je me sens mal, je crois que je suis détraquée. Qu’est ce qui ne va pas chez moi ? Est-ce grave Docteur dites-moi ?

Docteur ma tête me fait souffrir, j’ai des vertiges, ma vision, mon discernement se brouillent. Je ne parviens plus à réfléchir, à juger convenablement, à faire des choix mesurés, à agir décemment. Mes sentiments, mes désirs, mes pulsions me poussent à l’intempérance, aux frasques et aux écarts. Je me compromets, je me mets en danger, je joue avec le feu jusqu’à sentir sa chaleur près de me brûler. Je sais qu’il y aura des conséquences, je sais que la douleur me guette, me rappellera à mes obligations. Mais je me complais à défier les règles établies, à repousser les limites, à vouloir exister au-delà des entraves.

Docteur, j’ai mal au cœur, je sens qu’il a des ratés, je perds pied. Je crois que je souffre d’avoir trop aimé, d’avoir aimé trop fort, je n’y arrive plus, je ne sais plus. Quelque chose ne tourne pas rond chez moi. Je n’ai plus les mots, ces mots doux que l’on susurre à l’oreille, au creux du cou, qui réchauffent l’âme et font battre les cœurs. Je les ai perdus quelque part entre les routes sinueuses de l’existence. J’ai l’impression que jamais je ne les retrouverais, que jamais je ne les dirais de nouveau, ou bien qu’ils sonneraient totalement faux entre mes lèvres. Est-ce la crise qui me guette, entre deux syncopes ?

Et pourtant je respire, je m’agite, je suis cliniquement saine. Les scalpels, les bistouris, la chirurgie n’y feraient rien : il n’y a pas de chair à découper, rien de visible, rien de physique à réparer.

Docteur, j’ai mal à l’âme, je me perds sur les routes de ce monde, entre les gens. Je ne me reconnais pas, je ne connais plus ce et ceux qui m’entourent. Comme une impression de malaise : je ne suis pas à ma place, j’erre sans savoir pourquoi, comment. Désabusée, esquintée, écorchée par le temps et ceux qui paraissent être mes semblables. Si jeune et déjà cette impression d’avoir trop vécu, d’avoir trop subi la déchéance de ce monde. Je ne leur ressemble pas, je ne veux pas être comme eux. Je ne fais pas partie de leur cour, et ils ne font pas partie de la mienne. Tout nous éloigne et nous distingue. Alors je déambule parmi ces hommes - là : des automates, endigués dans ces gestes, cette marche mécanique. Prisonniers de cet enlisement, dépourvus de toute capacité de réflexion et d’action, insensible à la cruauté de cette réalité qui est devenue la nôtre.

“Grandir, c’est voir grandir ses maux.” - Victor Hugo

Mais y a-t-il un remède pour ces maux-là ?

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