Actes manqués - Part 1

Ils voulaient sortir, s'aérer, voir le reste du monde, le reste des gens. Ils se retrouvèrent dans un petit pub, seul divertissement pour les noctambules dans cette modeste ville. L'ambiance était chaleureuse, le cadre était cosy, à la manière de ces bons vieux pubs irlandais : un endroit un peu rustique où dominent le bois et les parquets craquant d'avoir trop subi les sempiternelles excursions nocturnes des fêtards et autres oiseaux de nuit. A cela mêlé un style plus frais, un peu fabrique, industriel, contrastant avec le lambris et le plancher usé. Sur les murs épinglés, des posters d'artistes de ces fameux mouvements rock, punk et grunge, traversant les âges, parfois jaunis et grignotés par le temps. Des guitares, des pochettes et leurs vinyles clouées deçà delà, de manière déstructurée, aléatoire : oubliées la géométrie rigoureusement appliquée, envolées les normes architecturales trop sages.

Au centre et jusque sur la gauche de la salle étaient éparpillées des chaises de bistrot autour de tables hautes, sur lesquelles trônent déjà bon nombre de verres et pintes d’alcool ainsi que des cendriers à moitié plein. Les cigarettes se consumaient sans interruption depuis plusieurs heures déjà, et la fumée stagnait en hauteur, flottant doucement vers les quelques ouvertures par lesquelles elles s’échappaient avec paresse. L’odeur des rhums, whisky, liqueurs et autres alcools embaumaient l’atmosphère, et de tables en tables on pouvait entendre les verres s’entrechoquer à chaque toast porté, ou à chaque cul sec engagés.

Sur la droite trônait un imposant comptoir, chargés de bouteilles et verres de toute taille, et derrière lequel s’activaient plusieurs barmen pour répondre à toutes commandes et échanger quelques mots avec les clients les plus familiers. Plus en arrière se dressaient de hautes étagères, soutenant un florilège de breuvages à l’abri dans leur bouteille scintillante et irisée sous l’effet des lumières. Leur simple vue pouvait déclencher cette soif en vous, portée par la curiosité des saveurs, vous invitant à consommer.

Et puis au fin fond de la salle, se dessinait une petite scène, sur laquelle s’était déjà installé un groupe venant animer la soirée. Guitariste, bassiste, batteur et chanteur : les musiciens ainsi assemblés jouaient un répertoire pop/rock. Un groupe local de jeunes qui faisait des reprises. La musique fusait depuis les amplis et venait se déverser parmi le monde attablé, donnant le ton de la soirée. On pouvait voir des drapeaux - irlandais, britannique-, s’étirant au-dessus de la scénette improvisée, venant encadrer un encart noir sur lequel avait été grossière peint “Punks not Dead”. Encore un bon dans le passé, dans une époque paraissant maintenant si lointaine, que la majorité des nouveaux habitués des lieux ne doivent même pas connaître.

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