Il était à présent temps de rentrer. Elle s’était arrêtée sans même s’en rendre compte. Elle jeta un regard autour d’elle afin de trouver un quelconque repère pouvant la renseigner sur l’endroit où elle s’était égarée. Sans succès. Examinant les environs, elle aperçut une ruelle sur sa gauche, à quelques pas de là où elle se tenait. Elle se dirigea dans sa direction, marchant toujours sur cette même ligne, dans l’espoir d’atteindre un endroit un peu plus familier. Elle avait perdu toute notion du temps, incapable de dire depuis quand elle errait dans la nuit, n’ayant pour unique compagnie que son ombre qui se fondait dans l’obscurité.

Le froid commençait véritablement à se faire sentir, pénétrant et sec. Elle grelottait sous sa mince couche de vêtements. Bras croisés sur sa poitrine, elle se tenait les bras, tentant de les frictionner dans l’espoir de retrouver une once de chaleur. Cependant elle gardait toujours cette même cadence : un pas lent et mesuré. Et à mesure qu’elle marchait, les bruits de la ville et de la circulation lui revenait, comme des échos. Elle se rapprochait.

Arrivant au bout d’une ruelle, elle parvint finalement à rejoindre un grand axe, bien que tristement dépeuplé à cette heure-ci. Le contraste était frappant, d’ordinaire ce boulevard était surchargé de monde : des échoppes éphémères se dressaient quotidiennement, tenues par des vendeurs ambulants ; des kiosques à journaux et presse en tout genre ; et enfin la multitude de gens vadrouillant en tous sens. La journée et jusque dans la soirée, régnait toujours cette animation, saturant l’air d’un brouhaha permanent. Il y avait les klaxons des conducteurs les plus impatients ; un bourdonnement de foule, à travers un bouquet de discussions isolées ; et puis les exclamations des commerçants voulant attirer la clientèle, attiser sa curiosité.

Par-delà cette saturation sonore, la voie embaumait de toutes les senteurs émanant de ces comptoirs improvisés et autres commerces alimentaires : l’arôme du café et du chocolat chaud, le parfum entêtant des viennoiseries le matin; et puis au cours de la journée celui des crêperies, sandwicheries et pizzerie.

Cependant, un environnement si commun en était devenu tellement étranger et méconnaissable, qu’elle dû s’arrêter un instant afin de se repérer. Le silence se faisait soudain pesant, et la lueur sépulcrale que projetaient les lampadaires longeant la route, créaient cet espèce de malaise inexpliqué, d’angoisse incontrôlée. Cet endroit ainsi vide en devenait sinistre. Un frisson la parcourut, la glaçant tout entière. Tout d’un coup la nécessité de mettre fin à cette petite échappée se faisait sentir. Tous ses sens en alerte, une peur mystérieuse et déraisonnée montait en elle.

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