J'erre dans les rues désertes, mon ombre me suis d'un pas lent et solennel, elle me colle comme un condamné s'accrochant à son dernier souffle de vie. Sombre et faible, elle ne peut que suivre mon éternel égarement, sans mot dire, avec docilité, pas le moindre reproche quant à la position secondaire qu’elle ne tient.

Une légère brise vient se blottir contre mon visage, caressant mes pommettes rosées, sa douceur me plonge alors dans une profonde transe. J'observe attentivement le monde qui m'entoure, et à présent cette foule au milieu de laquelle je déambule. Ma promenade solitaire, interrompue par une masse d'automates, flânant tous dans un même mouvement, sans même penser à leur destination, sans même lever les yeux, fixant leurs pieds et ne prêtant pas même un intérêt aux alentours. Moi seule peut les voir, moi seule peut lire en eux, tous identiques, un sourire absent tout comme toute autre expression. Seulement concentrés sur le temps, sur son tempo effréné, sa danse endiablée, à laquelle ils ne peuvent se soustraire et ce jusqu'au trépas.

L'air se fait plus lourd, la brise qui m'avait surprise l'instant passé vient à présent me happer, tentant vainement de me repousser parmi la multitude de silhouette, de me forcer à entrer dans leur cadence mécanique. J'avance, je tâche de me frayer un chemin entre ces êtres hypnotisés. Quand j'arrive enfin à me dérober à ce cauchemar urbain. A cet instant, mon regard se porte sur le ciel, et ce soleil qui se cachait  entre les immenses bâtiments, me privant de sa chaleur réconfortante et rassurante. Je vois les particules de poussière danser dans les rayons se posant sur les dalles grisonnantes et salies par chacun de nos pas à mesure que le temps s'écoule. Je suis la seule à m'arrêter à cette contemplation, envoûtée par le spectacle de ses particules valsant langoureusement. Mais voilà que je pénètre dans cette lumière si accueillante, sa chaleur m'enveloppe. Je ne fais plus partie de ce monde.

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