Je me suis livrée à une exercice littéraire il y a déjà quelques temps : écrire à la manière de Zola. Cet auteur ayant marqué le XXème siècle et le naturalisme français, n'est pas parmi mes coups de cœur, mais demeure un emblème. La tâche a été ardue, mais considérablement intéressante et enrichissante : tant de par le défi littéraire que cela représentait pour moi et mes propres capacités d'écriture ; que par ce que j'ai choisi de représenter et la réflexion sur le monde que j'apporte modestement sous vos yeux.

En plein centre de Londres s'imposait fièrement la place de Trafalgar Square, en cette froide et morne journée de décembre. Sur un bord de cette immense place se tenaient des sapins, chétifs, dépouillés de leur habituelle garnison d'aiguilles, dénudés de tout ornement, de toute décoration, les uns à côtés des autres autour d'une maisonnette fantaisie délaissée, et ne captivant aucunement l'attention de la foule fourmillant, pas même un regard ne s'y posait. L'empressement des individus grouillant et affluant de toutes parts, dans leurs habits sombres, maussades, représentaient une multitude de silhouettes mécanisées, suivant toutes le même flux assourdissant qu'était cette foule téléguidée, se dirigeant vers un bâtiment colossal arborant fièrement ses vitrines démesurées.

L'édifice s'élevait présomptueusement, illuminé de tous côtés par des éclats multicolores, éblouissants, innombrables, mettant en valeur une quantité monumentale d'objets de tous genres, des jouets motorisés vrombissants et remuant en tous sens ; des jeux de construction ; des poupées arborant dignement leurs chevelures superbes, leur teint rosé et leurs vêtements fait des fanfreluches, de rubans et de dentelles ;  des vêtements de poupée taille réelle, attirant tous les regards et semblant inciter à leur achat immédiat, portés glorieusement par des mannequins figés, dénués de toutes expressions, semblant eux-mêmes blasés d'être enfermés dernières ces barrières vitrées. A l'intérieur pullulait une foule humaine et se dispersait en tout en sens, sous les cris des enfants intenables que les mères ne parvenaient pas à contenir et qui courraient en toute hâte vers le rayons des jouets, tels des bêtes féroces assoiffées de sang, hurlant pour obtenir ce qu'ils désiraient. A pertes de vue se dressaient des  étagères encombrées de part et autre d'une allée : d'un côté, des puzzles, des jeux de construction par centaines, un florilège de jeux de société destinés à tous les goûts, de poupons appelant à qui voudrait bien les adopter, des poupées, au nombre infini, toutes identiques, affichant ce même sourire malicieux ; des voiturettes téléguidées à la carrosserie d'un gris métallisé d'où semblait s'échapper le rugissement du moteur ; d'un autre côté, des ordinateurs et autres jouets électroniques plus aguichants les uns que les autres, offrant toujours plus de nouveauté ; des jeux vidéo dernière génération emportant quiconque s'en approche dans un univers hypnotisant ; des milliers de figurines observant et cernant les passants ; des soldats en uniforme, baïonnette au bras et prêts à bondir sur l'ennemi . Au bout de cette allée centrale, empilées les unes sur les autres dans une large fosse, des peluches, de toutes tailles, de toutes sortes, allant de la fantaisie pure au traditionnel ourson, bedonnant, au pelage d'une grande douceur, aux grands yeux noisette, malins et démoniaques attendant qu'une proie s'approche du gouffre pour l'emporter.

Abondance et surabondance incitant chacun de ces êtres, automates, à acheter les toutes dernières modes, chacun se jetant littéralement sur l'article qu'il promet à son gamin et laissant son cadi se remplir indéfiniment. Mais au-delà de tout ce fourmillement et de cette accumulation, dehors, face à ce spectacle des plus effrayant et affligeant se dressait un homme vêtu de blanc et de rouge, dans un habit déteint, rongé par les années, la mine blafarde et grisonnante, le regard consterné et mélancolique se perdant dans la multitude que formaient ces êtres déambulant autour de lui, comme des âmes sans vie, ni consistances, dépourvues de toutes raisons de vivre louables.  A côté de ces arbustes semblant aussi délaissés que lui, il exhibait une large pancarte aux couleurs luxuriantes et chaudes palliant la froideur qui baignait la place et les gens, et sur laquelle pouvait se lire : « Partage, joie et famille, souvenez-vous de l'esprit de Noël ».

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