She was the storm, she was the lightning, she was the adult world with all its power and all its secrets and all its foolish casual cruelty.

Neil Gaiman - The Ocean at the End of the Lane

Elle était de ces personnes qui passent dans vos vies, mais bien que les traversant seulement, elle y laissait une empreinte indélébile : marquant pour un temps, ou bien irrémédiablement, quiconque croisait son chemin.

 

Tantôt une brise d’air frais, elle venait embaumer vos jours de ces senteurs printanières, à la fois douces et vivifiantes. Elle avait ce sourire qui vous donne à penser que tout va pour le mieux, que les jours à venir sont plein d’espoir, sans que rien ne vienne bouleverser cette quiétude qui s’est installée. Elle avait cette voix angélique, chantante et délicate, au charme hypnotique. Pareil à ces sirènes qui attirent et séduisent les voyageurs de leur accents lyriques, magiques et enchanteurs. Elle avait ce rire musical qui vous entraîne sans même que vous vous en aperceviez, vous envoûtant de sa mélodie suave, vous enchaînant à elle, créant une dépendance toute nouvelle. Elle avait ce parfum doux et affriolant des confiseries. Un bouquet de sucreries aux senteurs sucrées et fruitées. Mais en réalité, une dose d’héroïne, apaisante et euphorisante. Vous donnant ce sentiment de puissance, cette chaleur irradiante, cette sérénité sécurisante. Et alors peu à peu elle vous emprisonnait, elle devenait ce souffle de vie qui vous manquait, estompant la morosité du quotidien, le colorant de nouvelles nuances, le pimentant de saveurs jusque-là inconnues. Un flash, la douleur disparaissait, les angoisses s’estompaient. Le calme s’installait ensuite délicatement en vous, annihilant obsessions et afflictions. Et enfin la descente, vous laissant pantelant, engourdi, le manque pointant déjà, jusqu’à vous imprégner corps et âme. On se laisse sans hésiter aller à la fantaisie de cette créature dont l’irruption apparaît comme une bouffée salvatrice. Dès cet instant, tel un junkie quémandant sa dose, elle devient une drogue magnifique. Pourtant son innocence n’a d’égal que sa dangerosité.

 

Et tantôt un ouragan dévastateur, elle émergeait alors dans votre existence sans crier gare, ravageant tout sur son passage. Incontrôlable et imprévisible, effrayante et redoutée. Qui sait ce(ux) qu’elle épargnera, sur qui et quoi elle s’abattra.

Par ces temps d’orage, elle était la foudre fulgurante illuminant le ciel obscur et morne de votre existence. Sa brève et majestueuse clarté, occultant tout ce que vous connaissiez. Elle était ce fléau que l’on contemple de loin avec effroi mais non sans une certaine fascination. Puis elle s’abattait avec fracas sur votre monde. Un grand vacarme, une explosion assourdissante, un puissant flash, puis une pluie torrentielle se déversant sur vos jours ensoleillés.

Elle était le brasier, dont les flammes se contorsionnaient en volutes incandescentes, et envoûtait quiconque posait les yeux sur elle. Captivante, en apparence chaleureuse et réconfortante, mais en réalité une fournaise qui vous consumait lentement. Un chaos ardent, dévastateur, ne laissant derrière lui que des traînées de cendres. Ouvrant à vos pieds les portes d’un enfer jusque-là seulement présent à la lisière de votre esprit et de ses acceptations. Elle était de ces démons, doucereux mais enjôleurs, vous entraînant dans un abîme ténébreux et insondable. Une tentatrice, une exquise obsession vous poussant toujours plus profondément dans la déperdition. Sans que jamais vous ne lui opposiez une quelconque résistance. Et puis l’effondrement de tout ce qu’elle avait créé autour d’elle, la dissolution de tout ce qu’elle représentait. Et enfin votre propre déchéance.

Elle était de ces choses insaisissables, trop volatiles, qui se refusent à vous aussi longtemps que vous chercherez à les dompter et vous les approprier. Sans dieu ni maître, seulement une âme vagabonde, affranchie de toutes entraves.

Elle était de ces gens-là...

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