Je me perds dans des mondes qui ne sont pas les miens. Je me complais à m’imaginer arpenter tous ces merveilleux univers qui me tendent les bras. J’aimerais m’y jeter à corps et à cœur perdus, m’y noyer avec délice, toucher à l’extase. Autant de sphères isolées, liées par les mots et l’encre de tant d’écrits. Tous ces romans, toutes ces nouvelles, toute cette littérature pour laquelle je me suis éprise. Tous ces récits dans lesquels je me suis si souvent vue errer, avec toutes leurs époques que je semblais presque simultanément parcourir. Autant de lieux que je découvrais et arpentais aux côtés de mes héros. Et ces protagonistes, mes fantasmes, me faisaient miroiter une infinité d’existences, de destins, tous plus différents les uns que les autres. Et pourtant chacune de ces vies ne cessaient de me fasciner. Ce charme irrépressible avait alors ce terrifiant pouvoir. Un chant incantatoire, une douce mélopée qui m’attirait toujours plus profondément en son sein. M’étreignant de son étau protecteur et bienfaiteur. Caressant avec tendresse mes cheveux, et m’enveloppant de sa douce chaleur pour toujours de nouveaux voyages. Une mère, une amie, un amant, cette voluptueuse littérature m’électrisait.

Tantôt je suivais ses nobles progénitures - tous ces personnages enfantés-, tantôt je me glissais dans l’un de ces foisonnant rôles. J’étais alors projetée dans des temporalités et des espaces multiples et mystérieux. Transportées au milieu d’êtres troublants, aux personnalités reflétant quantités de facettes. Une vie ne suffirait pas à les déchiffrer et les appréhender toutes entièrement. Des tempéraments rudes, sauvages, délicats, affables, raffinés, et tant d'autres, aucun n’ayant son pareil.

Et pourtant chacun était aimable à sa façon. Ainsi je les affectionnais tous sans distinction, pour ce qu’ils avaient d’unique, car ils faisaient finalement partie de moi, tout comme je faisais moi-même partie d’eux. Par les mots que je soulevais de ma voix, je les gratifiais de ce souffle de vie qui leur faisait défaut. A chaque bouffée que nous partagions je les voyais s’animer et je les chérissais pour ce renouveau éternel qu’ils m’offraient. Ils m’entraînaient dans des épopées aux quatre coins du monde ; m’embarquaient dans mille péripéties ; me poussaient vers des amours passionnés ; me livraient un foisonnement d’intrigues.

Et ainsi, je m’évertuais à m’enfuir et m’engouffrer dans ces espaces insoupçonnés, ou méconnus et délaissés. Ils étaient mon salut, mon ultime échappatoire, ma délivrance. Ma seule porte de sortie vers le romancé, le romantique, le chimérique. Pourvu que j’échappe à mes bourreaux, à la décrépitude de ce monde et de ces gens.

 

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