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Samedi 23 mai 2009

 

 

Je tiens « En ce temps-là, il pleuvait » comme une des meilleures attaques de roman qui puisse se trouver. « Il pleut » apporte aussi tout de suite un rythme et une couleur particuliers, moins mélancoliques que la phrase précédente.

On peut sur ce modèle, concevoir un certain nombre de premières phrases qui, une fois écrites, se laissent suivre avec facilité, sans effort, par deux centaines de feuillets. Ils en découleront avec naturel et logique.

J’aime surtout : « S’il avait plu ce jour-là », qui inaugure une histoire désabusée. Plus revendicatif serait : « Il aurait pu pleuvoir. » Plein d’espérance : « Pour peu qu’il pleuve… » Mystérieux, et même très mystérieux : « Elle crut qu’il pleuvait… »

On peut vouloir quelque chose de plus élaboré : « Il se confirmait donc qu’il pleuvait » ou : « Pourquoi aurais-je dû penser qu’il pleuvait ? » Ou encore, et plus subtil : « Il se dit que la pluie compliquerait les choses. »

Bibliquement ou prophétiquement surréaliste : « Je sais qu’il pleuvra un jour… »

Convivial et popote, style écrivain du terroir : « Nous fûmes accueillis par la pluie. »

Erotique : « La pluie mouillait. »

Proverbial : « Petite pluie, gros chagrin. »

Chacune de ces phrases appelle une histoire, des personnages, un décor, une ambiance, une philosophie, une religion. Elles sont tendues comme des ressorts, remontées comme des horloges, elles contiennent l’énergie qui créera la nouvelle ou le roman. Il n’y a qu’à les suivre.

On peut, bien sûr, remplacer la pluie par la neige… 

 

Pleut-il ? Gallimard, 2007

 


 

 

 

En partenariat avec le Chant des mots

 

Rencontre avec

Franz Bartelt

 

 

«  Un jour, on s’assoit à une table, on entre dans le rectangle de papier et on y reste pendant trente ou quarante ans, sans modifier l’ordre des choses qui nous concernent, cultivant sans faiblesse toutes les faiblesses qui nous ont engagés dans cette espèce de pratique à l’inconfort familier… »

Charges comprises. Gallimard, 2004

 

 
 

 

Le jeudi 4 juin 2009

à 20h30

à la bibliothèque Toussaint

49 rue Toussaint – Angers


 

 

 

Franz Bartelt est né en 1949. Son père était menuisier. Installé depuis son enfance dans les Ardennes françaises, il habite de tout cœur ce pays, à proximité de la Belgique, qui fut celui d’Arthur Rimbaud et d’André Dhôtel. « Le pays où l’on n’arrive jamais » a d’ailleurs été un livre marquant de la jeunesse de Franz Bartelt, qui a dit avoir appris à lire dans les romans policiers et commencé à écrire des fictions vers l’âge de13 ans.

C’est depuis1985, qu’il se consacre entièrement à l’écriture et dit ne pas être pressé : ses tiroirs ne manquent pas de fond(s), il a des réserves et n’écrit jamais dans l’urgence « Ca me rassure et me donne une liberté totale ».

Dans ses nombreux romans et nouvelles, il manie allègrement l’humour, même s’il est noir et corrosif. On y trouve le fruit de ses compagnonnages avec les romans de Georges Simenon, ceux du romancier belge Stanislas André Steeman et de nombreux écrivains de romans policiers pour lesquels il a beaucoup d’admiration. Mais la patte est toute personnelle.

On lui doit aussi des chroniques, des feuilletons, de la poésie, c’est par là qu’il a commencé, et des textes pour le théâtre qu’il produira pour France Culture et le cinéma.

Tous ses écrits procèdent d’un travail sur la langue française qu’il triture goulûment, avec une désinvolture qui n’est qu’apparente. Amoureux des dictionnaires et des grammaires, il n’écrit pas avec des idées mais avec des mots. « Je n’écris pas pour dire quelque chose mais pour écrire quelque chose ».

Pour lui, toutes les histoires viennent des mots. Il pense à ses personnages depuis des années avant de les embarquer dans ses livres. Avec distance et ironie comme le faisait Alfred Jarry ou Roland Dubillard, il manie l’absurde et si tous ses romans sont des romans noirs, l’humour y est sans cesse sous-jacent.

Devant la tragédie humaine l’humour est pour lui une attitude philosophique.

De romans en romans, Franz Bartelt, fin observateur de ses contemporains, avec une constante tendresse, nous permet d’approcher la folie ordinaire et les bizarreries de l’espèce humaine. A travers ses personnages hauts en couleurs sous le gris ou la pluie du quotidien, c’est une remontée aux sources de la condition humaine.

Des phrases effilées servent ses chroniques grinçantes, elles sont sans concession pour les fausses raisons de vivre et n’épargnent ni la stupidité, ni l’hypocrisie.

Il s’agit de filer la musique des mots, sans quoi le monde des hommes n’existerait pas. « Y’a que la poésie, pour changer la misère du monde ! »


 

 

 

 

 

 

 

Bibliographie sélective

 

Les fiancés du paradis, Gallimard, 1995
La chasse au grand singe, Gallimard, 1996
Les marcheurs, Finn, 1998
Le costume, Gallimard, 1998
Simple, Mercure de France, 1999
Suite à Verlaine, photographies de J.-M. Lecomte, Finn, 1999
Les bottes rouges, Gallimard, 2000 ; Labor, 2006
Au pays d'André Dhôtel, dessins de D. Cazenave, Traverses, 2000
Le Grand Bercail, Gallimard, 2002
Terrine Rimbaud, illustrations de J. de Moor, Estuaire, 2004
Charges comprises, Gallimard, 2004
Plutôt le dimanche, Labor, 2004
Le jardin du bossu, Gallimard (Série Noire), 2004. Folio, 2006
La beauté maximale, Galopin, 2005
Liaison à la sauce, Galopin, 2005
Teddy, avec Blutch, Liber Niger, 2005
Le bar des habitudes : nouvelles, Gallimard, 2005 ; Folio, 2007 (Bourse Goncourt de la nouvelle, 2006)
Massacre en Ardennes, avec Alain Bertrand, Labor, 2006
Chaos de famille, Gallimard, (Série Noire), 2006
Charleville-Mézières, absolument moderne, photographies de J.-M. Lecomte

et T. Chantegret, Noires Terres, 2006
Pleut-il ? : nouvelles, Gallimard, 2007
La belle maison, Le Dilettante, 2008
Les noeuds, Le Dilettante, 2008
Nadada, La Branche, (Suite Noire), 2008

 

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