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Nov. 2012
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Ariane Dreyfus – Nous nous attendons - poèmes (éditions Castor Astral 2012)
Il faut parler d’abord des peintures de Gérard Schlosser dont Ariane Dreyfus se nourrit ici pour écrire ses poèmes. Celui-ci expose dans ses tableaux des fragments de corps, dénudés ou non, en gros plans, s’intégrant généralement à un paysage, un lieu, à des circonstances dont la banalité tranche avec l’érotisation légère du sujet. Gérard Schlosser peint des parties de l’anatomie féminine la plupart du temps non classées zones érogènes avec une telle précision qu’il met le spectateur en état de voyeur. Cette représentation resserrée et stable est une sorte de contrepoint à l’agitation du monde.
Ariane Dreyfus fait naître ses poèmes en prenant appui sur cette peinture sans pour autant la décrire ni utiliser les tableaux existants, mais pour « provoquer un effet approchant ». Elle écrit ses poèmes non seulement en y mettant ce qu’elle voit mais comme dans toute vraie peinture en ajoutant la tension du modèle et ce qu’il dissimule. Comme Schlosser elle s’attarde à des situations ordinaires en fixant les mots dans un cadre restreint et on retrouve dans ce recueil la veine sensuelle qu’Ariane Dreyfus travaille depuis longtemps.
« Pas très loin, avant les blés »
Elle soulève son pied pour regarder dessous,
La main cherche
Tandis que l’autre se tient à lui, son épaule
Encore plus fort
L’arbre propose son tronc, elle lance le caillou
Bras entièrement nus et pas un seul bijou
Absolument la peau à qui la lumière va
La nudité s’arrête à la taille
Dans le dernier tiers du recueil, Ariane Dreyfus nous nous fait le récit des étapes de la construction de deux poèmes. Voyage au cœur de la création qui n’est pas de tout repos, car si le premier vers est donné, le reste ne vient qu’à la force du poignet et du dérèglement de la tête.
Jacky Essirard