Partager l'article ! rencontre avec Sereine Berlottier: &n ...
Nov. 2012
Cuisine Antoine Emaz, editions PubliePapier
recueil de notes
Refuge sacré Cathie Barreau, éditions PubliePapier
Carnet de voyage lors d'une résidence d'écriture à l'hôpital psychiatrique de Ville-Evrard
On pourrait peut-être dire que l’écriture de Sereine Berlottier est une forme particulière de poésie narrative. Chacun de ses livres est unifié par une intrigue minimale :
dans Nu précipité dans le vide, un homme marche dans la nuit et la narratrice superpose à cette silhouette celle du poète Ghérasim Luca. Dans Chao Praya, c’est un voyage en
Asie ; pour Ferroviaires, c’est le trajet en train de banlieue d’une employée en fin de CDD ; pour Attente, partition, c’est un couple confronté à un problème médical.
Mais cette structure narrative de base n’est absolument pas linéaire comme dans un roman. L’histoire est en quelque sorte déconstruite par l’écriture qui, elle, est parcourue de forces
d’éclatement. La fragmentation du texte en séquences séparées le montre bien : ainsi, dans Chao Praya, deux blocs de texte sur chaque page, l’un en haut, l’autre en bas. Fragmentation
aussi dans Attente, partition, par l’utilisation de la forme du journal, qui présente une tension particulière entre déroulé du temps et discontinu des notes. Même refus du linéaire dans
Ferroviaires avec l’alternance systématique des séquences entre le train de banlieue et le lieu de travail. Même variété formelle avec le passage constant du vers libre à la prose dans
Attente, partition, et du romain à l’italique dans Ferroviaires. De même encore pour la composition/recomposition des motifs qui tissent Chao Praya : le carnet japonais,
la carte, Proust, « ainsi dans le ciel gris », le déplacement, les éléments asiatiques… Au point qu’on ne sait plus au bout si le voyage est réel ou rêvé, s’il s’agit d’une expérience
ou d’une tresse de langue…
Cinq livres en cinq ans : ils sont tous différents mais imposent une écriture à la fois complexe et inventive, très directe, capable de passer du social à l’intime, de l’imaginaire au concret, sans jamais perdre de vue que la poésie est à la fois émotion et travail particulier du langage.
A. Emaz
Bibliographie :
Nu précipité dans le vide, Fayard, 2006
Chao Praya, éditions Apogée, col. La Rivière échappée, 2007
Ferroviaires, Publie.net, 2008
Décrochage, Publie.net, 2009
Attente, partition, éditions Argol, 2011